Des livres et des vins

Les amateurs de vins français sont tous familiers avec l’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC). Une AOC est une reconnaissance de l’existence de liens étroits entre le terroir, ou le territoire et les caractéristiques spécifiques d’un produit. Il s’agit essentiellement de la dénomination d’un pays, d’une région ou d’une localité servant à désigner un produit qui en est originaire et dont la qualité ou les caractères sont dus au milieu géographique, comprenant des facteurs naturels et des facteurs humains. L’AOC constitue un signe d’identification de la qualité.

Les appellations d’origine sont « contrôlées » dans le sens que leur utilisation implique un contrôle strict de toutes les étapes menant à la production d’un vin. Cela inclut entre autres l’origine géographique, les cépages permis et la proportion de chacun de ces cépages, le traitement des vignes, les méthodes de vinification, le taux de sucre, d’alcool ou d’acide, l’élevage, le stockage et l’étiquetage.

La présence d’une AOC sur une étiquette constitue l’information la plus importante dans le choix d’un vin français. Une connaissance des AOC est généralement suffisante pour évaluer le type de vin auquel on a affaire, peu importe le nom donné à ce vin. Prenons trois AOC de la région de Bordeaux : « Bordeaux », « Haut-Médoc » et « Pauillac ». Les vins rouges de ces trois AOC correspondent à des vins secs de qualité et de prix de plus en plus élevés à mesure que l’aire géographique devient plus restreinte. Le cépage cabernet sauvignon est prépondérant (avec le merlot et le cabernet franc). À noter que ces trois appellations comprennent une multitude de vins vendus sous différents noms.

Pour un amateur, le choix d’un vin n’est pas simplement lié à l’acquisition d’un élixir qui plait au palais. Une AOC et le lien géographique qu’elle implique deviennent en eux-mêmes un attrait. Ne pouvant gouter tous les vins, l’amateur tente de parfaire ses connaissances en explorant à tout le moins diverses AOC. Le plaisir de boire un vin devient la possibilité de faire le lien avec la situation géographique que représente l’AOC, et tout ce qui en découle. Ce faisant, l’amateur découvrira certains vins qu’il apprécie particulièrement et qu’il n’aurait pas bus si ce n’était de l’attrait exercé par une AOC encore non explorée.

C’est ce dernier point qui m’amène au sujet de cette discussion. Est-il possible d’appliquer le phénomène des AOC aux livres ? Tout comme les vins, il existe une grande variété de livres et il est impossible de les lire tous. Plusieurs choisissent un livre en fonction de l’auteur, dont ils ont déjà lu les œuvres précédentes. D’autres se fient aux commentaires des lecteurs, recherchant généralement un genre avec lequel ils sont familiers. Cela n’encourage pas l’exploration. D’autres sont plus hardis. Je connais une lectrice qui choisit ses livres à l’aide d’un système alphabétique : la première lettre du nom de l’auteur doit succéder à celle de l’auteur précédent. Cette dernière méthode est intéressante puisqu’elle implique une recherche active pour un auteur dont le nom commence par une lettre de l’alphabet spécifique. Personnellement, j’ai souvent fait des découvertes extraordinaires en sélectionnant des livres au hasard, d’un auteur que je ne connaissais pas. Mais revenons à notre sujet. Est-ce qu’une Épellation d’Origine Contrôlée (ÉOC) (à défaut d’un meilleur nom!) pourrait constituer une autre façon d’explorer la multitude de livres à notre disposition et ainsi encourager la variété dans nos lectures ?

Essayons d’abord d’établir un parallèle entre une AOC et une éventuelle ÉOC. Dans le cas du vin, les éléments principaux à considérer sont le terroir (la composition du sol et sa situation dans l’environnement – climat, exposition au soleil, pluie, drainage, etc.), la viticulture et l’œnologie. En d’autres mots, l’environnement, la culture de la matière première et la fabrication du produit final. Qu’en est-il des livres ?

Le viticulteur choisit les cépages les mieux adaptés à l’environnement local. Il plante les vignes et s’assure que celles-ci croissent de façon à favoriser la maturité des raisins. Cela requiert des soins constants : combats contre les maladies et les parasites, taille des plants, protection contre le gel, vendange, etc. Le travail du viticulteur correspond à celui de l’auteur qui manipule la matière première jusqu’à récolter le fruit de son travail.

La matière première de l’auteur est sa propre imagination, influencée par ses connaissances et son expérience. Ces éléments sont en partie façonnés par son environnement, d’où un lien géographique. Ce lien est nécessairement plus ténu que dans le cas d’un produit de la terre, mais il existe tout de même. Le mot « culture » s’applique à la terre autant qu’à l’esprit. Il faut cependant reconnaitre qu’un auteur subit aussi des influences autres que celles reliées directement au lieu où il vit et celui où il a vécu.

L’œnologue est le spécialiste de la fabrication du vin. Il manipule la matière reçue du viticulteur pour en tirer le maximum. Cela comprend plusieurs éléments : pressurage, filtrage, fermentation, élevage, traitement chimique, conditionnement, etc. Le travail de l’œnologue est au vin ce que l’éditeur et autres spécialistes employés pas celui-ci sont aux livres. À noter que l’auteur et l’éditeur peuvent être la même personne, tout comme le viticulteur peut fabriquer son propre vin.

En conclusion, il semble qu’il serait possible d’appliquer aux livres une « Épellation d’Origine Contrôlée » (ÉOC), selon l’endroit où vit ou a vécu l’auteur. Les critères à rencontrer pour se voir décerner une telle dénomination sont plus difficiles à établir. Dans le cas des vins, les AOC sont souvent hiérarchiques, une AOC régionale (comme       « Bordeaux ») couvre un grand territoire et les critères à satisfaire sont moins exigeants que pour une appellation applicable sur un territoire restreint de Bordeaux (comme       « Pauillac »). Dans le cas d’un livre d’un auteur québécois de Gatineau, on pourrait relativement facilement obtenir l’ÉOC « Québec » ou encore l’ÉOC « La Belle Province ». L’ÉOC « Outaouais » demanderait à satisfaire des critères plus stricts (reste à déterminer quels seraient ces critères!). Puis viendrait l’ÉOC « Gatineau ». Tout comme pour les vins, l’attribution des appellations n’a pas à être strictement géographique. Divers genres de livres d’une aire géographique donnée pourraient se voir attribuer leur propre ÉOC, tout comme l’AOC « Bordeaux » s’applique aux vins tranquilles blancs, rosés et rouges, alors que l’AOC « Crémant de Bordeaux » s’applique aux vins mousseux blancs et rosés sur le même territoire.

Bien sûr, tout cela n’est qu’élucubrations. N’empêche qu’un tel système encouragerait l’exploration livresque des régions, tout comme les AOC en encouragent l’exploration vinicole. La raison principale est qu’il fournit au lecteur un élément supplémentaire pour apprécier, comparer et partager ses lectures et met en évidence des carences dans son éventail littéraire qu’il s’efforcera de corriger.

Où sont les gens rationnels?

Ces jours-ci, on parle beaucoup de la question du refus d’une transfusion sanguine pour des motifs religieux. Ceci à la suite de la mort d’une femme ayant refusé un tel traitement, que ne permettent pas les croyances des Témoins de Jéhovah. On se demande si une personne peut prendre une décision éclairée lorsqu’entourée de proches qui l’influencent à un moment où celle-ci se trouve dans un état affaibli.

Il est évident que la décision de recevoir ou non un traitement doit demeurer le choix du patient. On ne peut se substituer à sa volonté, même si la décision nous apparait fondée sur des considérations non rationnelles. Par contre, cela soulève une question que j’ai déjà abordée dans un message précédent.

Le problème dans le cas ci-haut est qu’il est trop tard pour intervenir. Il n’est plus le temps de convaincre une personne de changer ses croyances lorsque celle-ci se trouve à l’article de la mort. On fait face au même problème dans les cas de violence ou terrorisme fondés ou excusés par des croyances religieuses. La même chose encore lorsque certains refusent d’agir pour contrer le réchauffement climatique parce que le climat est sous le contrôle de Dieu, pas de l’homme.

Alors que dans tous les domaines (politique, économie, sciences), les gens rationnels n’hésitent pas à argumenter avec force lorsqu’ils se butent aux opinions de gens qui ignorent les faits, ces mêmes personnes sont très peu loquaces lorsqu’il s’agit de contrer les discours de ceux qui véhiculent des croyances religieuses qui n’ont aucun fondement. Et cela devient de plus en plus problématique. On entend des voix s’opposer aux religions que dans les cas extrêmes où on véhicule des idées menant à la violence.

Nous confondons respect des croyances religieuses avec respect des personnes pratiquant une religion.  On doit toujours respecter les personnes, quel que soit le domaine, religion ou autre, mais il n’existe aucune raison pour que les idées et croyances religieuses soient à l’abri de la critique. Lorsqu’on accepte sans aucune opposition toute sorte d’idées complètement farfelues parce qu’elles ne nous « dérangent pas » ou parce qu’il faut « respecter les religions », nous décourageons tacitement la pensée critique, basée sur une analyse des faits. Or la pensée critique est ce qu’il y a de plus important dans la société. Cela doit être la pierre angulaire de notre système d’éducation. On doit constamment relever et combattre (par l’éducation et la parole) dans le domaine public les croyances qui ne sont pas fondées sur des faits, et pas seulement les croyances qui risquent de causer la violence ou qui sont des éléments utilisés dans le recrutement d’éléments terroristes. Il faut être consistent dans notre approche.

On voit déjà dans plusieurs pays, incluant les États-Unis, comment la religion cause des distorsions importantes dans l’interprétation de la réalité par une partie importante de la population. Ici, on prône la neutralité religieuse de l’État. C’est insuffisant. Nous devons prôner la rationalité de l’État. Si l’État désire contrer les effets néfastes de certaines croyances religieuses, il doit mettre en place un système d’éducation et un programme de communication qui combattent systématiquement les croyances non fondées sur la raison, tout en respectant les gens qui partagent ces croyances. L’idée n’est pas de ridiculiser ces gens, mais de les convaincre que c’est une erreur de croire aveuglément à une soi-disant vérité qui n’est pas basé sur la raison. L’histoire et la science ont depuis longtemps démontré que la plupart des croyances religieuses sont sans fondement dans la réalité (c’est à dire sans fondement soi-disant « divin »). Alors il est temps que les politiciens oeuvrant dans un État rationnel le disent haut et fort, même si ce n’est pas « politically correct ». Avec le temps, les gens développeront alors une pensée critique et seront mieux à même d’évaluer la pertinence des idées véhiculées dans la société.

Le gardien de l’Arbre-Monde

Sapiens2FrontCoverMon nouveau roman Le gardien de l’Arbre-Monde est maintenant disponible sur Apple iBooks (numérique) et sur Amazon (format Kindle et papier).

Suite à une fouille effectuée sur le site de Babylone, en Irak, Julie Careau tente de convaincre ses collègues de l’accompagner au Mexique pour confirmer certains soupçons sur la nature d’une découverte qui semble reliée aux anciens peuples mésoaméricains. Des personnages qui vécurent à différents endroits et à différentes époques hantent Julie à travers d’étranges rêves récurrents. Qui sont ces personnages et qu’ont-ils à voir avec elle? Et quel être malfaisant se cache derrière ces assauts répétés contre son esprit? La linguiste et ses amis, Chandresh Srivastava (Sri) et Jérémy Maher (Jerm), se lancent dans une aventure qui mettra à l’épreuve leurs connaissances et leur capacité de déduction, mais qui s’avèrera aussi beaucoup plus dangereuse que ce qu’ils avaient anticipé.

Marketing 101

2015-02-13

Le premier ministre Couillard s’est récemment engagé dans une opération de marketing de mauvais goût, en associant radicalisme avec la position du PQ concernant la souveraineté. Cela serait de bonne guerre si ce n’était du contexte actuel, où le mot « radicalisme », à la suite de divers événements récents, est associé à terrorisme. Évidemment, ce n’est pas une coïncidence. Le but est de manipuler l’esprit des gens, à la manière des spécialistes du marketing. On exprime une idée en apparence anodine, mais liée d’un certaine façon à un autre sujet. Le cerveau fait inconsciemment l’association et soudainement, dans l’esprit des gens, un lien se crée entre PQ et terrorisme. On a artificiellement créé une peur dans l’inconscient des gens. Dommage qu’un chef de gouvernement doive s’abaisser à de telles manipulation de l’esprit. On s’attendrait à ce qu’un PM puisse discuter intelligemment des enjeux en apportant des arguments, plutôt qu’en se livrant à ce genre d’approche de mauvais goût.

Intégrisme et sécurité à l’Assemblée nationale

2015-02-06

Ce matin, à la période des questions de l’Assemblée nationale, nous avons pu constater l’imbroglio entourant la réponse politique à donner à la question de l’intégrisme.

PQ

Le PQ demande au premier ministre de préciser sa position sur l’intégrisme, lui conseillant de se rallier à la position que celui-ci mène à l’extrémisme, comme l’a expliqué très clairement Zined El Rhazoui lors de son passage au Québec.

COMMENTAIRE: le PQ a parfaitement raison. Une doctrine religieuse dépeignant une fausse réalité est à la base des dérives menant à l’extrémisme, et éventuellement au terrorisme.

PREMIER MINISTRE

Le problème est la sécurité des québécois. C’est tout ce que la population demande et nous allons nous y attaquer, avec l’aide des organismes d’application de la loi.

COMMENTAIRE: le PM a tort. Dépeindre les québécois comme un groupe de personnes terrorisées attendant une intervention policière plus forte pour réprimer les actions terroristes est une simplification grossière du problème. C’est la fameuse approche de la peur, utilisée pour éviter de discuter sérieusement de problèmes complexes (une approche similaire est utilisée lorsque le sujet du référendum est abordé).

CAQ

On demande si le premier ministre entend mettre en place des mécanismes pour prévenir certains groupes de prêcher des valeurs qui vont à l’encontre des droits et libertés.

PREMIER MINISTRE

Le PM met en garde contre les interventions qui briment la liberté d’expression de quiconque, même si les idée avancées ne font pas l’affaire de plusieurs. Il souligne aussi l’approche négative du PQ, qui voulait exclure des citoyens sur la base de signes religieux et de choix de vêtements.

COMMENTAIRE: le PM a raison sur la question d’interdire l’expression de certaines idées. Une telle interdiction ne cadre pas avec la démocratie et la liberté d’expression, même si ces idées rebutent la majorité. Par contre, le PM a tort de ne pas considérer d’autres types d’approches. Il faut combattre les idées par les idées. Éducation dans les écoles et publicité sont des façons de contrer des idées et de développer un esprit critique chez la population pour prévenir la manipulation de l’esprit par des l’intégristes (voir un message précédent sur ce blogue). Cette approche a l’avantage d’offrir des outils pour se prémunir contre les manipulations indues de l’esprit, ou distortion de la réalité, même celles véhiculées par des religions qui ne prônent pas d’actions violentes. C’est probablement le poids politique de ces religions qui freine cette approche logique. N’oublions pas une chose: il faut toujours respecter les personnes, mais combattre les idées auxquelles nous nous opposons en utilisant tous les outils à notre disposition, particulièrement les idées qui déforment la réalité de façon évidente, que ces idées soient de nature religieuse ou non.

Pour ce qui est de l’interdiction des symboles religieux, le PM utilise encore une image forte, extrémiste, pour éviter la discussion sérieuse, même s’il a raison sur le fond: interdire les symboles et les vêtements a peu d’effet sur l’intégrisme, qui se situe au niveau des idées.

VICE sur HBO

2015-02-02

Pour ceux qui maitrisent l’anglais, l’émission d’information VICE diffusée sur HBO est un must pour avoir une vision du monde tout à fait unique. Les aberrations qui prennent place sur notre planète y sont exposées de façon exceptionnelle par une équipe de journalistes qui ne craint pas de plonger au cœur de l’action. Les reportages qui y sont présentés nous ouvrent les yeux sur des phénomènes de société qu’on a parfois peine à croire.

Un exemple parmi d’autres est le travail exceptionnel de la journaliste Tania Rashid au Bangladesh. Son reportage Toxic Tanneries expose ce que des gens doivent supporter pour satisfaire les besoins en articles de luxe de nos sociétés de consommation. Celui sur les Gang Rape expose ce que les femmes doivent affronter dans un pays dominé par les hommes… et l’islam. Rashid y confronte des policiers et se rend même à une mosquée où les femmes n’ont pas accès pour avoir une opinion sur le sujet du viol. Ils ont tous la même opinion : la femme est souvent responsable de ce qui lui arrive.

2015-02-04: Sex, slavery and drug

Le moment PKP

2015-01-26

« Le Parti québécois veut vivre son moment Pierre Karl Péladeau jusqu’au bout »

Vendredi dernier, Jean-François Lisée se retirait de la course à la chefferie du PQ. Le point culiminant de son allocution fut le suivant: « Le Parti québécois veut vivre son moment Pierre Karl Péladeau jusqu’au bout ». Derrière cette phrase anodine se cache, à mon avis, la raison profonde de la capitulation de Jean-François Lisée. Bien sûr, les sondages montrent que PKP est loin devant ses adversaires, et que Lisée a peu de chance de remporter la course. Mais je ne crois pas que cela soit suffisant pour le décourager. Un politicien sérieux avec son expérience voit certainement l’avantage de pouvoir promouvoir et débattre de ses idées lors d’une course à la chefferie. Tout politicien sait qu’il peut perdre. Dans bien des cas, des candidats aux élections savent très bien qu’ils vont perdre. Malgré cela, ils continuent de se battre. Continuer la lecture…