Où sont les gens rationnels?

Ces jours-ci, on parle beaucoup de la question du refus d’une transfusion sanguine pour des motifs religieux. Ceci à la suite de la mort d’une femme ayant refusé un tel traitement, que ne permettent pas les croyances des Témoins de Jéhovah. On se demande si une personne peut prendre une décision éclairée lorsqu’entourée de proches qui l’influencent à un moment où celle-ci se trouve dans un état affaibli.

Il est évident que la décision de recevoir ou non un traitement doit demeurer le choix du patient. On ne peut se substituer à sa volonté, même si la décision nous apparait fondée sur des considérations non rationnelles. Par contre, cela soulève une question que j’ai déjà abordée dans un message précédent.

Le problème dans le cas ci-haut est qu’il est trop tard pour intervenir. Il n’est plus le temps de convaincre une personne de changer ses croyances lorsque celle-ci se trouve à l’article de la mort. On fait face au même problème dans les cas de violence ou terrorisme fondés ou excusés par des croyances religieuses. La même chose encore lorsque certains refusent d’agir pour contrer le réchauffement climatique parce que le climat est sous le contrôle de Dieu, pas de l’homme.

Alors que dans tous les domaines (politique, économie, sciences), les gens rationnels n’hésitent pas à argumenter avec force lorsqu’ils se butent aux opinions de gens qui ignorent les faits, ces mêmes personnes sont très peu loquaces lorsqu’il s’agit de contrer les discours de ceux qui véhiculent des croyances religieuses qui n’ont aucun fondement. Et cela devient de plus en plus problématique. On entend des voix s’opposer aux religions que dans les cas extrêmes où on véhicule des idées menant à la violence.

Nous confondons respect des croyances religieuses avec respect des personnes pratiquant une religion.  On doit toujours respecter les personnes, quel que soit le domaine, religion ou autre, mais il n’existe aucune raison pour que les idées et croyances religieuses soient à l’abri de la critique. Lorsqu’on accepte sans aucune opposition toute sorte d’idées complètement farfelues parce qu’elles ne nous « dérangent pas » ou parce qu’il faut « respecter les religions », nous décourageons tacitement la pensée critique, basée sur une analyse des faits. Or la pensée critique est ce qu’il y a de plus important dans la société. Cela doit être la pierre angulaire de notre système d’éducation. On doit constamment relever et combattre (par l’éducation et la parole) dans le domaine public les croyances qui ne sont pas fondées sur des faits, et pas seulement les croyances qui risquent de causer la violence ou qui sont des éléments utilisés dans le recrutement d’éléments terroristes. Il faut être consistent dans notre approche.

On voit déjà dans plusieurs pays, incluant les États-Unis, comment la religion cause des distorsions importantes dans l’interprétation de la réalité par une partie importante de la population. Ici, on prône la neutralité religieuse de l’État. C’est insuffisant. Nous devons prôner la rationalité de l’État. Si l’État désire contrer les effets néfastes de certaines croyances religieuses, il doit mettre en place un système d’éducation et un programme de communication qui combattent systématiquement les croyances non fondées sur la raison, tout en respectant les gens qui partagent ces croyances. L’idée n’est pas de ridiculiser ces gens, mais de les convaincre que c’est une erreur de croire aveuglément à une soi-disant vérité qui n’est pas basé sur la raison. L’histoire et la science ont depuis longtemps démontré que la plupart des croyances religieuses sont sans fondement dans la réalité (c’est à dire sans fondement soi-disant « divin »). Alors il est temps que les politiciens oeuvrant dans un État rationnel le disent haut et fort, même si ce n’est pas « politically correct ». Avec le temps, les gens développeront alors une pensée critique et seront mieux à même d’évaluer la pertinence des idées véhiculées dans la société.

Marketing 101

2015-02-13

Le premier ministre Couillard s’est récemment engagé dans une opération de marketing de mauvais goût, en associant radicalisme avec la position du PQ concernant la souveraineté. Cela serait de bonne guerre si ce n’était du contexte actuel, où le mot « radicalisme », à la suite de divers événements récents, est associé à terrorisme. Évidemment, ce n’est pas une coïncidence. Le but est de manipuler l’esprit des gens, à la manière des spécialistes du marketing. On exprime une idée en apparence anodine, mais liée d’un certaine façon à un autre sujet. Le cerveau fait inconsciemment l’association et soudainement, dans l’esprit des gens, un lien se crée entre PQ et terrorisme. On a artificiellement créé une peur dans l’inconscient des gens. Dommage qu’un chef de gouvernement doive s’abaisser à de telles manipulation de l’esprit. On s’attendrait à ce qu’un PM puisse discuter intelligemment des enjeux en apportant des arguments, plutôt qu’en se livrant à ce genre d’approche de mauvais goût.

Intégrisme et sécurité à l’Assemblée nationale

2015-02-06

Ce matin, à la période des questions de l’Assemblée nationale, nous avons pu constater l’imbroglio entourant la réponse politique à donner à la question de l’intégrisme.

PQ

Le PQ demande au premier ministre de préciser sa position sur l’intégrisme, lui conseillant de se rallier à la position que celui-ci mène à l’extrémisme, comme l’a expliqué très clairement Zined El Rhazoui lors de son passage au Québec.

COMMENTAIRE: le PQ a parfaitement raison. Une doctrine religieuse dépeignant une fausse réalité est à la base des dérives menant à l’extrémisme, et éventuellement au terrorisme.

PREMIER MINISTRE

Le problème est la sécurité des québécois. C’est tout ce que la population demande et nous allons nous y attaquer, avec l’aide des organismes d’application de la loi.

COMMENTAIRE: le PM a tort. Dépeindre les québécois comme un groupe de personnes terrorisées attendant une intervention policière plus forte pour réprimer les actions terroristes est une simplification grossière du problème. C’est la fameuse approche de la peur, utilisée pour éviter de discuter sérieusement de problèmes complexes (une approche similaire est utilisée lorsque le sujet du référendum est abordé).

CAQ

On demande si le premier ministre entend mettre en place des mécanismes pour prévenir certains groupes de prêcher des valeurs qui vont à l’encontre des droits et libertés.

PREMIER MINISTRE

Le PM met en garde contre les interventions qui briment la liberté d’expression de quiconque, même si les idée avancées ne font pas l’affaire de plusieurs. Il souligne aussi l’approche négative du PQ, qui voulait exclure des citoyens sur la base de signes religieux et de choix de vêtements.

COMMENTAIRE: le PM a raison sur la question d’interdire l’expression de certaines idées. Une telle interdiction ne cadre pas avec la démocratie et la liberté d’expression, même si ces idées rebutent la majorité. Par contre, le PM a tort de ne pas considérer d’autres types d’approches. Il faut combattre les idées par les idées. Éducation dans les écoles et publicité sont des façons de contrer des idées et de développer un esprit critique chez la population pour prévenir la manipulation de l’esprit par des l’intégristes (voir un message précédent sur ce blogue). Cette approche a l’avantage d’offrir des outils pour se prémunir contre les manipulations indues de l’esprit, ou distortion de la réalité, même celles véhiculées par des religions qui ne prônent pas d’actions violentes. C’est probablement le poids politique de ces religions qui freine cette approche logique. N’oublions pas une chose: il faut toujours respecter les personnes, mais combattre les idées auxquelles nous nous opposons en utilisant tous les outils à notre disposition, particulièrement les idées qui déforment la réalité de façon évidente, que ces idées soient de nature religieuse ou non.

Pour ce qui est de l’interdiction des symboles religieux, le PM utilise encore une image forte, extrémiste, pour éviter la discussion sérieuse, même s’il a raison sur le fond: interdire les symboles et les vêtements a peu d’effet sur l’intégrisme, qui se situe au niveau des idées.

Le moment PKP

2015-01-26

« Le Parti québécois veut vivre son moment Pierre Karl Péladeau jusqu’au bout »

Vendredi dernier, Jean-François Lisée se retirait de la course à la chefferie du PQ. Le point culiminant de son allocution fut le suivant: « Le Parti québécois veut vivre son moment Pierre Karl Péladeau jusqu’au bout ». Derrière cette phrase anodine se cache, à mon avis, la raison profonde de la capitulation de Jean-François Lisée. Bien sûr, les sondages montrent que PKP est loin devant ses adversaires, et que Lisée a peu de chance de remporter la course. Mais je ne crois pas que cela soit suffisant pour le décourager. Un politicien sérieux avec son expérience voit certainement l’avantage de pouvoir promouvoir et débattre de ses idées lors d’une course à la chefferie. Tout politicien sait qu’il peut perdre. Dans bien des cas, des candidats aux élections savent très bien qu’ils vont perdre. Malgré cela, ils continuent de se battre. Continuer la lecture…

Le hameçonnage religieux

2015-01-19

Nous assistons présentement à diverses interventions de politiciens québécois concernant la nécessité ou non d’intervenir rapidement sur la neutralité religieuse de l’état, ainsi que sur la radicalisation. Ce sont deux choses distinctes, et certains préfèrent reporter la question de la neutralité religieuse à plus tard de peur qu’un lien soit établi entre celle-ci et la radicalisation, cette dernière étant, dans le contexte actuel, surtout liée à l’Islam. Bref, on ne veut pas que la neutralité religieuse de l’État soit perçue comme une tentative de bâillonner une religion en particulier.

Il convient alors d’être prudent dans le choix des mots. Les Français sont particulièrement habiles de ce côté. Par exemple, si vous vous retrouvez dans un train sans un ticket valide, le contrôleur vous dira que « vous êtes en situation irrégulière », un choix de mot qui n’implique pas automatiquement que vous avez commis une faute. Dans le cas de la radicalisation, on parlait récemment en France des « dérives sectaires liées à l’Islam », un choix de mots qui établit clairement le caractère unique des groupes radicaux par rapport à la religion dominante : il s’agit de sectes.

Les sectes sont généralement des communautés fermées où un ou des gourous exercent un pouvoir important, voir total, sur les membres de la secte. Le gourou définit la doctrine de la secte, c’est-à-dire qu’il fournit une interprétation de faits d’actualité, de faits historiques, et de l’histoire sacrée, et utilise cette interprétation pour orienter et diriger l’action des membres. Continuer la lecture…

Élections à date aléatoire

Les élections à date fixe permettent aux partis politiques de mieux planifier. Cela empêche aussi les gouvernements majoritaires, du moins en théorie, de déclencher des élections en des circonstances qui leur sont particulièrement favorables. Présentement, cela se traduit à Ottawa par des baisses d’impôts, en prévision des élections en octobre 2014.

À Québec, nous assistons à l’opposé. De sévères coupures dans les dépenses, et autres mesures impopulaires, sont imposées dans un court laps de temps. C’est une méthode recommandée par Machiavel, qui souligne qu’une telle approche est moins dommageable politiquement que de faire la même chose sur une longue période. Les électeurs, qui ne pourront s’exprimés que dans 4 ans, auront alors oublié.

Les élections à date aléatoire permettraient de connaitre la date des élection plus d’un an à l’avance, facilitant la planification, mais ne mettrait pas un gouvernement majoritaire à l’abri total d’élection pour une période de quatre ans. Voici un exemple possible de fonctionnement:

7 avril 2014 – Élection Québec

Probabilités que des élections surviennent dans les années suivantes:

  • Période 1 : 7 avril 2015 – 6 avril 2016  (10%)
  • Période 2: 7 avril 2016 – 6 avril 2017 (30%)
  • Période 3 : 7 avril 2017 – 6 avril 2018 (70%)
  • Période 4 : 7 avril 2018 – 6 avril 2019 (100%)

Suivant l’élection du 7 avril 2014, le Directeur des élections procède immédiatement à un tirage pour savoir si des élections surviendront pendant la période 1. La probabilité que oui est de 10% et celle de non de 90%. Si oui, la date est immédiatement fixée par le gouvernement à l’intérieur de la période indiquée. Si non, un deuxième tirage aura lieu en avril 2015, où la probabilité qu’il y ait des élections dans la période 2 est maintenant de 30%.  Et ainsi de suite jusqu’à la période 4.

Est-ce que cela créerait assez d’incertitude pour assurer une plus grande constance chez les gouvernements, indépendamment de la date des élections?

Pétrole au Québec et écologie

Jean-François Lisée dévoilait aujourd’hui sa position à propos de l’exploitation pétrolière sur le territoire du Québec. Une position écologique qui dit non à l’utilisation de la fracturation hydraulique (considérée trop risquée dans l’état actuel de nos connaissances), et qui ne permettrait l’exploitation traditionnelle que dans les cas où ce serait avantageux du point de vue écologique par rapport à la situation actuelle (importation).

Le refus de l’OPEP de diminuer la production pour maintenir les prix à un niveau élevé a résulté en une baisse marquée du prix du pétrole dans les derniers mois, une stratégie visant à miner la rentabilité de la fracturation hydraulique aux États-Unis, une industrie maintenant florissante. Cette baisse de prix, si elle se maintient, mettra aussi en péril la croissance accélérée de l’exploitation des sables bitumineux an Alberta (voir rapport de Carbon Tracker), qui doit compter sur un prix élevé pour compenser la couteuse méthode d’extraction, de traitement et de transport de ce vil or noir. Avec un peu de chance, on pourrait assister à une baisse de l’engouement des sociétés pétrolières pour une surexploitation de la ressource par toutes les méthodes possibles, sans égard pour l’environnement.

L’engagement de Jean-François Lisée se heurtera sans doute au crédo économique qui veut que l’on « profite » à tout prix de cette manne que constitue le pétrole (emplois, redevances, etc.). Dans un contexte où la majorité des politiciens ne parlent que d’argent, chacun s’improvisant économiste et faisant miroiter un futur plein de richesses (du moins en période électorale, ce qui semble plaire à plusieurs), il est bon de constater que certains se souviennent que le bienêtre d’une population ne se résume pas seulement à la grosseur de son portefeuille. Continuer la lecture…