Supercellule!

Superman demeure mon super-héros préféré. Sous l’air timide de Clark Kent, celui-ci cache une force et une résistance à toute épreuve. Mais voilà que les biologistes sont en train de construire Supercellule, qui promet des prouesses tout aussi extraordinaires.

Ce qui suit est inspiré d’un article se Scientific American de juillet 2019: The Invulnerable Cell, par Rowan Jacobsen. Je vais m’efforcer de simplifier la biologie pour mettre l’emphase sur la logique du processus.

Lorsque j’étais étudiant en biochimie dans les années 70, une question typique d’examen pouvait se résumer ainsi: « Décrivez une expérience permettant de déterminer si le processus X dans une cellule est dépendant du processus Y ». Il nous suffisait alors d’utiliser notre connaissance des processus X et Y et des technologies permettant d’affecter ces processus (l’objet de notre cours de biochimie) pour planifier une expérience permettant de répondre à la question. Les technologies ont beaucoup évolué depuis les années 70, ce qui permet maintenant de répondre à la question suivante:

Décrivez une expérience permettant de créer des cellules résistantes à tout virus.

Non seulement on a pu planifier une telle approche, mais on est en train de réaliser l’expérience, un projet de longue haleine étant donné le nombre de manipulations génétiques nécessaires. La beauté de cette expérience réside dans la logique ingénieuse utilisée pour attaquer le problème. Tous les éléments étaient déjà connus dans les années 70, mais la technologie nécessaire n’était pas encore disponible. Allons-y étape par étape.

La cellule

La cellule est l’unité de vie. Celle-ci est constituée d’une membrane qui enveloppe la machinerie nécessaire aux fonctions de la vie: gestion de l’énergie, construction/réparation à partir de matières premières, gestion des déchets, reproduction.

Les bactéries sont constitués d’une seule cellule. Les organismes plus avancés (plantes, animaux, humains) peuvent contenir des milliards de cellules spécialisées, qui travaillent de concert en vue de maintenir l’organisme en vie.

Pensez à votre demeure. Les murs (la membrane) sont une barrière permettant de maintenir un environnement intérieur différent de l’environnement extérieur. Les ouvertures dans les murs (portes, fenêtres, entrée d’eau et d’électricité, etc.) permettent de contrôler ce qui entre et ce qui sort, le rôle de la membrane dans une cellule.

Mais la cellule est beaucoup plus complexe que votre demeure. Celle-ci peut se reproduire. Elle contient les plans de sa propre construction, sous forme d’ADN, ainsi que la machinerie nécessaire pour construire un duplicata. Imaginez votre demeure contenant les plans de la maison, ainsi que les corps de métier nécessaire à sa reconstruction!

Le virus

Un virus est minuscule, comparé à une cellule. Ce n’est qu’une enveloppe de protéines contenant les plans de sa propre construction, sous forme d’ADN (ou ARN). Chaque virus a une affinité spécifique pour un type de cellule en particulier. Il s’attache à la membrane de cette cellule et injecte les plans de sa propre construction (ADN) à l’intérieur de la cellule. La machinerie de la cellule lit ces plans et se met à fabriquer des virus, jusqu’à ce que la cellule éclate, bourrée de virus.

Les protéines

Les protéines jouent un rôle primordial dans notre histoire. Celles-ci ont d’abord une fonction structurale. Votre foie, vos cheveux, votre peau et autres organes sont constitués en grande partie de protéines. La cellule elle-même maintient sa forme à l’aide de protéines.

Un autre rôle primordial des protéines, parmi plusieurs autres, est celui d’enzyme. Les enzymes sont les fameux corps de métier qui permettent à la machinerie cellulaire d’opérer. Chaque enzyme est spécialisé dans une seule fonction biochimique, consistant à lier ensemble des éléments simples ou, au contraire, à briser des liens existants, libérant ou utilisant de l’énergie dans le processus. Les enzymes sont les chimistes de la cellule.

Les protéines tirent leur polyvalence de leur structure. Ils sont constitués de 20 types de molécules, appelés acides aminés, mis bout à bout dans un ordre spécifique et unique à chaque protéine (généralement plus d’une centaine). Les acides aminés ont des structures et propriétés chimique différentes, souvent déterminées par leur affinité pour l’eau, le gras et l’acidité. La composition exacte d’une protéine détermine sa structure tridimensionnelle, ses propriétés structurelles, ainsi que son activité enzymatique.

L’ADN

L’ADN d’une cellule contient les plans de construction et d’opération de la cellule. Celui-ci est constitué d’une série de « nucléotides », chacun comprenant un de quatre types de molécules, appelés bases azotés. Les bases azotés sont souvent représenté par les quatre lettres suivantes: A, C, G, T. Les nucléotides sont mis bout à bout dans un ordre spécifique et unique à l’organisme concerné. Le génome humain en contient quelques milliards.

La séquence de bases azotées dans une partie de l’ADN (les gènes) constitue un code pour la fabrication des protéines (voir une prochaine section). Une grande partie de l’ADN sert par contre à contrôler l’expression de ces gènes. Ce contrôle s’exerce souvent à l’aide de protéines qui se lient à ces sections régulatrices.

NOTE: l’ADN est constitué de deux chaines de nucléotides complémentaires (la double hélice). Nous n’avons pas à considérer ceci pour la présente discussion.

L’ARN

L’ARN constitue un intermédiaire entre l’ADN et le site de fabrication des protéines. Des sections d’ADN dont l’organisme a besoin sont copiés sous forme d’ARN. L’ARN a une composition similaire à l’ADN, et peut donc transporter l’information codée par l’ADN en maintenant son intégrité. Les nucléotides de l’ARN sont désignés par les lettres A, C, G, U.

Nous sommes intéressés par deux types d’ARN, fabriqués à partir de différents endroits de l’ADN:

  • L’ARN messager, qui code pour la fabrication de protéines en spécifiant les acides aminés qui seront nécessaires (voir code génétique)
  • L’ARN de transfert, non-codant, fabriqué en diverses variétés, chacune pouvant se lier à un acide aminé spécifique et l’amener au site de fabrication des protéines (un ribosome) pout y être intégré lorsque l’ARN messager le demande.

Le code génétique

Le code génétique réfère à la séquence de « lettres » dans l’ARN messager qui, lue trois lettres à la fois, se traduit par le choix d’un acide aminé spécifique à insérer dans la chaine formant une protéine. C’est l’ARN de transfert qui transporte cet acide aminé au site de fabrication du ribosome.

Comme nous avons 4 lettres et que le code requiert des séries de 3 lettres, il est possible de former 64 différentes séries de trois lettres. Ces groupes sont appelés CODONS. Nous avons 64 codons pour coder 20 acides aminés. Il y a un surplus, et c’est là le secret de la réponse à notre question initiale: le même acide aminé peut être codé par plusieurs (1 à 6) différents codons. Voir le tableau suivant, où les 20 acides aminés apparaissent dans la première colonne, et les codons correspondants dans les rangées adjacentes.

NOTE: les codons UAA, UAG, UGA marquent la fin de la chaine à construire. Ce sont des codons STOP.

Récapitulons avec un exemple:

  1. Une section de l’ADN correspondant à un gène est lue et transcrite sous form d’ARN messager, qui se rend sur le site de construction des protéines (le ribosome). Supposons qu’une section de l’ARN messager contient la séquence suivante: GUCACACUCUAA.
  2. La série est interprétée 3 lettres à la fois: GUC-ACA-CUC-UAA. Le tableau ci-haut nous permet de déterminer que les acides aminés à ajouter à la protéine en construction sont: val-thr-leu-STOP.
  3. La lecture de l’ADN a aussi produit divers ARN de transfert, non codant, qui se sont associés à divers acides aminés spécifiques. Certains sont associés aux acides aminés val, thr et leu, dont on a besoin. L’ARN de transfert comporte une section qui reconnait un codon particulier sur l’ARN messager, au site de construction des protéines.
  4. Le site de construction d’une protéine est très complexe. Dans ce cas, parce que l’ARN messager demande un val, seul l’ARN de transfert spécifiquement attaché à l’acide aminé val se joint au complexe et l’acide aminé est ajouté à la protéine en construction.
  5. La construction de la protéine se poursuit, cette fois avec l’acide aminé thr, puis leu. Le codon STOP signifie que la construction de la protéine est terminée.

Une pause youtube permet de voir le processus discuté jusqu’à maintenant (en anglais):

Manipulation génétique

La technologie permet maintenant de remplacer des sections d’ADN dans une cellule vivante par des sections manufacturées en industrie. Il est possible de simplement commander de telles sections, sur mesure, jusqu’à 4000 lettres de longueur. Le code génétique complet de certaines bactéries, dont E. coli, est aussi connu.

Nous avons maintenant tout ce qu’il faut pour notre expérience avec la bactérie E.coli. Voici les étapes:

  1. Entrer le code génétique connu (la séquence de codons) de la bactérie dans un programme de traitement texte.
  2. Choisir un acide aminé pour lequel il existe plusieurs codons permettant de le coder.
  3. Choisir un des codons identifiés au point 2, et remplacer par un codon qui code pour le même acide aminé. Ce remplacement est fait partout (ou si possible dans les gènes codant pour des protéines). En théorie, notre programme de traitement de texte contient maintenant un code génétique valide pour la bactérie, mais dont un codon en particulier est absent.
  4. Couper des sections de ce texte en parties plus petite et commander de l’ADN à l’industrie (sections de 4000 bases ou moins).
  5. Introduiser graduellement les sections dans la bactérie, remplaçant les sections correspondantes existantes. Ceci est un long processus. On doit permettre aux bactéries de se multiplier après chacune des opérations de remplacement et on doit régler certains problèmes (par exemple, si on a remplacé un codon dans une section de contrôle non-codante de l’ADN, il se peut que le remplacement ne fasse pas l’affaire).
  6. Éliminer de la bactérie l’ADN qui code spécifiquement pour l’ARN de transfert qui reconnait le codon qu’on a éliminé. Cet ARN de transfert est inutile à la bactérie de toute façon, puisque la nouvelle bactérie créée ne fabriquera pas d’ARN messager contenant ce codon.

Conclusion

Après cette procédure, la bactérie continue de fonctionner normalement, mais un problème se pose pour tout virus l’attaquant. L’ADN du virus injecté dans la cellule contient les gènes nécessaires à la fabrication de celui-ci. Ces gènes contiennent tous le code permettant de créer de l’ARN messager contenant le codon qu’on a éliminé de la bactérie. Mais comme on a aussi éliminé l’ARN de transfert correspondant à ce codon, l’acide aminé nécessaire ne peut être transporté sur le site de construction des protéines. L’ADN du virus ne peut mener à la construction de protéines, donc le virus ne peut se reproduire. On a une Supercellule!

Une telle bactérie résistante aux virus pourrait être utilisée dans l’industrie alimentaire ou pharmaceutique, où on utilise déjà des bactéries. Et dans un futur lointain, pourrait-on penser devenir nous même résistants aux virus?

L’Iliade

Je termine la lecture de l’Iliade, l’oeuvre poétique d’Homère, qui fait partie du Cycle troyen, c’est-à-dire l’ensemble d’épopées illustrant la guerre de Troie. Le texte fait près de 600 pages sur mon iPad. Il est composé de 24 « chants », traduits en français par Paul Mazon. Les vers disparaissent à la traduction, mais le texte demeure d’une qualité exceptionnelle, quoique d’un style peu familier. Voici quelques exemples.

Mais quand l’Étoile du matin vient annoncer la lumière à la terre, l’Étoile du matin, derrière qui l’Aurore en robe de safran s’épand sur la mer, le feu du bûcher s’apaise, la flamme tombe, et les vents chez eux s’en retournent à travers la mer de Thrace, qui gémit dans un gonflement furieux.

Ah ! fils d’Atrée, quel mot s’est échappé de l’enclos de tes dents.

Celui-ci sent se dilater son cœur, comme le blé sous la rosée, aux jours où grandit la moisson et où les champs se hérissent d’épis.

Malgré la beauté du texte, L’Iliade est difficile pour plusieurs raisons. L’histoire s’accroche au personnage d’Achille, fils de la nymphe marine Thétis et du mortel Pélée. Achille est le plus redoutable guerrier de la flotte grecque, pratiquement indestructible (sauf pour son talon). La flotte met le siège devant la cité de Troie (ou Ilion), sous les ordres d’Agamemnon. Le vieux roi Priam règne sur Ilion, alors que son fils préféré, Hector, est le héro des forces Troyennes. Priam, comme tout bon roi, a plusieurs enfants, comme il le décrit lui-même.

Ils étaient cinquante, le jour où sont venus les fils des Achéens ; dix-neuf sortaient du même sein, le reste m’était né d’autres femmes en mon palais.

Malheureusement, une dispute entre Achille et Agamemnon à propos d’une femme résulte en la décision d’Achille de ne pas participer à la bataille qui s’ensuit, sachant fort bien que son absence met en péril les chances de succès des forces grecques.

Pendant plusieurs chants, cette bataille est décrite dans les moindres détails (des centaines de pages!), ce qui me fait penser à la description d’un match de hockey. D’un côté de la patinoire, l’armée grecque; de l’autre, l’armée troyenne.

Imaginez la description d’un tel match, non pas à la télé ou à la radio, mais dans un texte. Il y a des dizaines et des dizaines de joueurs. Les commentateurs nomment chacun des joueurs, décrivent chaque interaction, incluant une description de l’équipement porté par les joueurs, les coups portés (plus graphiques et vicieux que dans Game of Thrones!), etc. Et comme dans un match de hockey, les commentateurs s’égarent dans les détails de la famille de chacun des joueurs et son histoire à mesure que le jeu se poursuit (et évidemment, on ne peut nommer quiconque sans faire suivre le nom de « fils de …. », ce qui multiplie les personnages).

Et puis il y a les arbitres, les dieux et déesses de l’Olympe, qui ne sont pas très attachés aux règlements. Les uns intercèdent pour aider ou nuire aux Grecs, tandis que d’autres se concentrent sur les Troyens, prenant toujours soin d’éviter le courroux du tout puissant Zeus. Il est recommandé de connaitre un peu la hiérarchie divine avant de se lancer dans l’Iliade. Voici mon travail inachevé à ce propos (s’ouvre dans un nouvel onglet):

Éventuellement, Achille se joindra à la bataille dans le but de tuer Hector, responsable de la mort de son meilleur ami. Les derniers chants (après le match de hockey) permettent à l’histoire de se dérouler de façon plus normale.

Chladni figures and galaxy filaments

Chladni figures are the beautiful geometric patterns appearing when a plate covered with a small amount of sand (or other fine powder) is allowed to vibrate at certain frequencies. The following is an example of this phenomenon.

Depending on the vibration frequency, certain areas of the plate are not experiencing any vibrations (waves cancel each other in these areas). The sand is pushed from vibrating areas and accumulates in these quiet areas, producing the patterns.

Galaxy filaments are the largest structures in the universe (hundreds of millions of light-years). They are made up of galaxies (and clusters of galaxies). These filaments create boundaries, or walls, enclosing large voids where there is practically no matter.

Nearsc

By Richard Powell (http://www.atlasoftheuniverse.com/nearsc.html) [CC BY-SA 2.5 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5) ], via Wikimedia Commons

 

These filaments are believed to be the result of dark matter interacting with visible matter, which seems to be confirmed by computer simulation.

WARNING: Wild speculations below.

If galaxies in the universe are akin to grains of sand on a plate, the observed pattern  looks like 3D Chladni figures. Could it be that vibrations in the fabric of the universe are forcing matter (i.e. galaxies) to settle in quiet zones, like grains of sand on a plate?

Des livres et des vins

Les amateurs de vins français sont tous familiers avec l’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC). Une AOC est une reconnaissance de l’existence de liens étroits entre le terroir, ou le territoire et les caractéristiques spécifiques d’un produit. Il s’agit essentiellement de la dénomination d’un pays, d’une région ou d’une localité servant à désigner un produit qui en est originaire et dont la qualité ou les caractères sont dus au milieu géographique, comprenant des facteurs naturels et des facteurs humains. L’AOC constitue un signe d’identification de la qualité.

Les appellations d’origine sont « contrôlées » dans le sens que leur utilisation implique un contrôle strict de toutes les étapes menant à la production d’un vin. Cela inclut entre autres l’origine géographique, les cépages permis et la proportion de chacun de ces cépages, le traitement des vignes, les méthodes de vinification, le taux de sucre, d’alcool ou d’acide, l’élevage, le stockage et l’étiquetage.

La présence d’une AOC sur une étiquette constitue l’information la plus importante dans le choix d’un vin français. Une connaissance des AOC est généralement suffisante pour évaluer le type de vin auquel on a affaire, peu importe le nom donné à ce vin. Prenons trois AOC de la région de Bordeaux : « Bordeaux », « Haut-Médoc » et « Pauillac ». Les vins rouges de ces trois AOC correspondent à des vins secs de qualité et de prix de plus en plus élevés à mesure que l’aire géographique devient plus restreinte. Le cépage cabernet sauvignon est prépondérant (avec le merlot et le cabernet franc). À noter que ces trois appellations comprennent une multitude de vins vendus sous différents noms.

Pour un amateur, le choix d’un vin n’est pas simplement lié à l’acquisition d’un élixir qui plait au palais. Une AOC et le lien géographique qu’elle implique deviennent en eux-mêmes un attrait. Ne pouvant gouter tous les vins, l’amateur tente de parfaire ses connaissances en explorant à tout le moins diverses AOC. Le plaisir de boire un vin devient la possibilité de faire le lien avec la situation géographique que représente l’AOC, et tout ce qui en découle. Ce faisant, l’amateur découvrira certains vins qu’il apprécie particulièrement et qu’il n’aurait pas bus si ce n’était de l’attrait exercé par une AOC encore non explorée.

C’est ce dernier point qui m’amène au sujet de cette discussion. Est-il possible d’appliquer le phénomène des AOC aux livres ? Tout comme les vins, il existe une grande variété de livres et il est impossible de les lire tous. Plusieurs choisissent un livre en fonction de l’auteur, dont ils ont déjà lu les œuvres précédentes. D’autres se fient aux commentaires des lecteurs, recherchant généralement un genre avec lequel ils sont familiers. Cela n’encourage pas l’exploration. D’autres sont plus hardis. Je connais une lectrice qui choisit ses livres à l’aide d’un système alphabétique : la première lettre du nom de l’auteur doit succéder à celle de l’auteur précédent. Cette dernière méthode est intéressante puisqu’elle implique une recherche active pour un auteur dont le nom commence par une lettre de l’alphabet spécifique. Personnellement, j’ai souvent fait des découvertes extraordinaires en sélectionnant des livres au hasard, d’un auteur que je ne connaissais pas. Mais revenons à notre sujet. Est-ce qu’une Épellation d’Origine Contrôlée (ÉOC) (à défaut d’un meilleur nom!) pourrait constituer une autre façon d’explorer la multitude de livres à notre disposition et ainsi encourager la variété dans nos lectures ?

Essayons d’abord d’établir un parallèle entre une AOC et une éventuelle ÉOC. Dans le cas du vin, les éléments principaux à considérer sont le terroir (la composition du sol et sa situation dans l’environnement – climat, exposition au soleil, pluie, drainage, etc.), la viticulture et l’œnologie. En d’autres mots, l’environnement, la culture de la matière première et la fabrication du produit final. Qu’en est-il des livres ?

Le viticulteur choisit les cépages les mieux adaptés à l’environnement local. Il plante les vignes et s’assure que celles-ci croissent de façon à favoriser la maturité des raisins. Cela requiert des soins constants : combats contre les maladies et les parasites, taille des plants, protection contre le gel, vendange, etc. Le travail du viticulteur correspond à celui de l’auteur qui manipule la matière première jusqu’à récolter le fruit de son travail.

La matière première de l’auteur est sa propre imagination, influencée par ses connaissances et son expérience. Ces éléments sont en partie façonnés par son environnement, d’où un lien géographique. Ce lien est nécessairement plus ténu que dans le cas d’un produit de la terre, mais il existe tout de même. Le mot « culture » s’applique à la terre autant qu’à l’esprit. Il faut cependant reconnaitre qu’un auteur subit aussi des influences autres que celles reliées directement au lieu où il vit et celui où il a vécu.

L’œnologue est le spécialiste de la fabrication du vin. Il manipule la matière reçue du viticulteur pour en tirer le maximum. Cela comprend plusieurs éléments : pressurage, filtrage, fermentation, élevage, traitement chimique, conditionnement, etc. Le travail de l’œnologue est au vin ce que l’éditeur et autres spécialistes employés pas celui-ci sont aux livres. À noter que l’auteur et l’éditeur peuvent être la même personne, tout comme le viticulteur peut fabriquer son propre vin.

En conclusion, il semble qu’il serait possible d’appliquer aux livres une « Épellation d’Origine Contrôlée » (ÉOC), selon l’endroit où vit ou a vécu l’auteur. Les critères à rencontrer pour se voir décerner une telle dénomination sont plus difficiles à établir. Dans le cas des vins, les AOC sont souvent hiérarchiques, une AOC régionale (comme       « Bordeaux ») couvre un grand territoire et les critères à satisfaire sont moins exigeants que pour une appellation applicable sur un territoire restreint de Bordeaux (comme       « Pauillac »). Dans le cas d’un livre d’un auteur québécois de Gatineau, on pourrait relativement facilement obtenir l’ÉOC « Québec » ou encore l’ÉOC « La Belle Province ». L’ÉOC « Outaouais » demanderait à satisfaire des critères plus stricts (reste à déterminer quels seraient ces critères!). Puis viendrait l’ÉOC « Gatineau ». Tout comme pour les vins, l’attribution des appellations n’a pas à être strictement géographique. Divers genres de livres d’une aire géographique donnée pourraient se voir attribuer leur propre ÉOC, tout comme l’AOC « Bordeaux » s’applique aux vins tranquilles blancs, rosés et rouges, alors que l’AOC « Crémant de Bordeaux » s’applique aux vins mousseux blancs et rosés sur le même territoire.

Bien sûr, tout cela n’est qu’élucubrations. N’empêche qu’un tel système encouragerait l’exploration livresque des régions, tout comme les AOC en encouragent l’exploration vinicole. La raison principale est qu’il fournit au lecteur un élément supplémentaire pour apprécier, comparer et partager ses lectures et met en évidence des carences dans son éventail littéraire qu’il s’efforcera de corriger.

Où sont les gens rationnels?

Ces jours-ci, on parle beaucoup de la question du refus d’une transfusion sanguine pour des motifs religieux. Ceci à la suite de la mort d’une femme ayant refusé un tel traitement, que ne permettent pas les croyances des Témoins de Jéhovah. On se demande si une personne peut prendre une décision éclairée lorsqu’entourée de proches qui l’influencent à un moment où celle-ci se trouve dans un état affaibli.

Il est évident que la décision de recevoir ou non un traitement doit demeurer le choix du patient. On ne peut se substituer à sa volonté, même si la décision nous apparait fondée sur des considérations non rationnelles. Par contre, cela soulève une question que j’ai déjà abordée dans un message précédent.

Le problème dans le cas ci-haut est qu’il est trop tard pour intervenir. Il n’est plus le temps de convaincre une personne de changer ses croyances lorsque celle-ci se trouve à l’article de la mort. On fait face au même problème dans les cas de violence ou terrorisme fondés ou excusés par des croyances religieuses. La même chose encore lorsque certains refusent d’agir pour contrer le réchauffement climatique parce que le climat est sous le contrôle de Dieu, pas de l’homme.

Alors que dans tous les domaines (politique, économie, sciences), les gens rationnels n’hésitent pas à argumenter avec force lorsqu’ils se butent aux opinions de gens qui ignorent les faits, ces mêmes personnes sont très peu loquaces lorsqu’il s’agit de contrer les discours de ceux qui véhiculent des croyances religieuses qui n’ont aucun fondement. Et cela devient de plus en plus problématique. On entend des voix s’opposer aux religions que dans les cas extrêmes où on véhicule des idées menant à la violence.

Nous confondons respect des croyances religieuses avec respect des personnes pratiquant une religion.  On doit toujours respecter les personnes, quel que soit le domaine, religion ou autre, mais il n’existe aucune raison pour que les idées et croyances religieuses soient à l’abri de la critique. Lorsqu’on accepte sans aucune opposition toute sorte d’idées complètement farfelues parce qu’elles ne nous « dérangent pas » ou parce qu’il faut « respecter les religions », nous décourageons tacitement la pensée critique, basée sur une analyse des faits. Or la pensée critique est ce qu’il y a de plus important dans la société. Cela doit être la pierre angulaire de notre système d’éducation. On doit constamment relever et combattre (par l’éducation et la parole) dans le domaine public les croyances qui ne sont pas fondées sur des faits, et pas seulement les croyances qui risquent de causer la violence ou qui sont des éléments utilisés dans le recrutement d’éléments terroristes. Il faut être consistent dans notre approche.

On voit déjà dans plusieurs pays, incluant les États-Unis, comment la religion cause des distorsions importantes dans l’interprétation de la réalité par une partie importante de la population. Ici, on prône la neutralité religieuse de l’État. C’est insuffisant. Nous devons prôner la rationalité de l’État. Si l’État désire contrer les effets néfastes de certaines croyances religieuses, il doit mettre en place un système d’éducation et un programme de communication qui combattent systématiquement les croyances non fondées sur la raison, tout en respectant les gens qui partagent ces croyances. L’idée n’est pas de ridiculiser ces gens, mais de les convaincre que c’est une erreur de croire aveuglément à une soi-disant vérité qui n’est pas basé sur la raison. L’histoire et la science ont depuis longtemps démontré que la plupart des croyances religieuses sont sans fondement dans la réalité (c’est à dire sans fondement soi-disant « divin »). Alors il est temps que les politiciens oeuvrant dans un État rationnel le disent haut et fort, même si ce n’est pas « politically correct ». Avec le temps, les gens développeront alors une pensée critique et seront mieux à même d’évaluer la pertinence des idées véhiculées dans la société.

Le gardien de l’Arbre-Monde

Sapiens2FrontCoverMon nouveau roman Le gardien de l’Arbre-Monde est maintenant disponible sur Apple iBooks (numérique) et sur Amazon (format Kindle et papier).

Suite à une fouille effectuée sur le site de Babylone, en Irak, Julie Careau tente de convaincre ses collègues de l’accompagner au Mexique pour confirmer certains soupçons sur la nature d’une découverte qui semble reliée aux anciens peuples mésoaméricains. Des personnages qui vécurent à différents endroits et à différentes époques hantent Julie à travers d’étranges rêves récurrents. Qui sont ces personnages et qu’ont-ils à voir avec elle? Et quel être malfaisant se cache derrière ces assauts répétés contre son esprit? La linguiste et ses amis, Chandresh Srivastava (Sri) et Jérémy Maher (Jerm), se lancent dans une aventure qui mettra à l’épreuve leurs connaissances et leur capacité de déduction, mais qui s’avèrera aussi beaucoup plus dangereuse que ce qu’ils avaient anticipé.